Le livre commence comme une tragédie de Sophocle : Mien, rentrant chez elle, est surprise de voir de nombreuses personnes de son village devant sa maison, dans une discussion animée. On lui apprend que son mari Bon, dont le certificat de décès remonte à quelques années et qui est parti il y a quatorze ans, vient de revenir. Reprenant ses esprits, Mien, qui entre temps avait épousé Huan, laisse celui-ci avec leur fils commun et décide de suivre Bon.
Suivent des pages (plus ou moins six cent) qui nous montrent l’évolution des différents protagonistes et quelques retours en arrière sur des épisodes de leur vie avant le début tragique du récit. Enfin la fin inéluctable de la tragédie survient : Mien, accompagnée de Bon retourne définitivement vivre avec Huan, dans sa belle maison. Et le village, véritable communauté fermée, approuve cette solution, alors qu’il avait, au début du roman, pesé de tout son poids pour que Mien retrouve Bon, considéré à ce moment-là comme un héros.
Le livre a été fortement discuté, même si une majorité des
membres présents du Cercle l’ont apprécié positivement.
Les arguments en faveur du livre ont été de plusieurs ordres
: D’abord historiques et géographiques : le rythme du livre
et la composition des chapitres, avec quelques pages au début où l’auteur
peint les paysages , les odeurs, les sensations que l’on peut ressentir
au Vietnam, ainsi que des détails sur la préparation des plats,
ont été jugés très positivement par une grande
partie du Cercle.
La construction des personnages a été appréciée par
certains. Ils ont été attachés au personnage de Mien, avec
son sens du devoir et sa résignation, puis, petit à petit la prise
de conscience que sa vie va être gâchée, pour enfin trouver
le compromis qui permet de subsister dans de meilleures conditions. Egalement
au personnage de Bon a touché certains, l’éternel perdant,
celui qui, au nom de son passé et de ses droits prend les décisions
néfastes. Enfin, le personnage de Huan, l’habile et généreux,
a également intéressé certains.
Le rythme de construction du récit a aussi touché certains membres
du Cercle, sa lenteur et son caractère assez répétitif
permettant, selon eux, d’entrer graduellement dans l’évolution
des personnages. Les morceaux de bravoure, comme le début du drame ou
le rappel de la nuit où Bon porte sur ses épaules le cadavre
de son sergent, ont aussi touché un certain nombre de lecteurs, ou plutôt
un nombre certain. Certains ont comparé la lenteur de ce récit
au rythme du cinéma
oriental, en particulier japonais, comme dans les Contes de la lune vague après
la pluie ou la Ballade de Naroyama.
Enfin, le style des évocations de la cuisine, des ambiances et des paysages
vietnamiens a été unanimement loué par les membres du
Cercle qui se sont exprimés sur cette question, et certains ont aussi
apprécié le
caractère de litanie des passages, plus nombreux, dans lesquels le récit
avance et les états d’âme des personnages sont décrits.
Les arguments contre le livre ne concernent pas le premier point, (le dépaysement
géographique et historique) sinon qu’il y eut une vision distincte
du rôle de la communauté et de sa façon de contraindre les
comportements des principaux personnages. Pour les uns, cela révèle
la force, mais aussi le caractère local, de l’organisation sociale
vietnamienne au sortir de la guerre ; pour les autres, il s’agit de mœurs
archaïques que l’auteur aurait voulu dénoncer ; enfin, quelques-uns
y voient la peinture de l’influence du Parti Communiste vietnamien et de
sa façon de contrôler politiquement la population.
Par contre sur les trois autres points, ils prennent des positions symétriquement
opposés de ceux qui ont aimé le livre :
La construction des personnages leur apparaît très schématique,
avec ses femmes dévouées mais, au bout du compte, bernées,
et ses hommes obsédés par ce qu’ils estiment leurs droits,
y compris physiologiques, avec la longue description de l’ impuissance
de Bon, et les dérives de Huan « allant aux putes ». Même
les femmes rusées et malignes, comme la première femme de Huan
et la sœur de Bon, apparaissent à certains comme des repoussoirs,
conférant à l’ensemble du tableau de cette humanité un
caractère déprimant.
La construction du récit leur apparaît trop longue et statique et
ils récusent l’idée qu’il faille plus cinq cent pages
entre la première scène et le dénouement final.
Enfin, le style apparaît à certains très lourd, avec sa cataracte
d’adjectifs et ses passages répétitifs et compassés.
Une personne s’est même demandée si la maladresse du style
ne viendrait pas du traducteur.
Bref, si on faisait comme Amazon.fr, l’ensemble du Cercle mettrait autour
de trois étoiles sur cinq.
- Nicole, le 10/01/2008

- Véritable conte de vie qui à travers une histoire qui aurait pu être banale devient extrêmement compliqué par les imbrications et les tergiversations de la pensée.
Roman écrit à 2 voix : les actes et les activités du mental ; cela donne beaucoup d'intérêt et de puissance au roman, de clarté sur nos liens conscients ou inconscients entre les actes et le bavardage mental.
A travers ces 3 personnages le roman montre :
-la souffrance et la noirceur de Bon, les méfaits de la guerre, les failles créées par celle-ci, la folie engendrée, la faiblesse chez cet homme probablement liée au manque de la mère et aggravée par la guerre et la perte de l'amour de Mien et peut-être aussi par le fait d'avoir été déclaré mort par l'état civil ! des traces indélébiles et négatives ont sûrement été laissées. Jusqu'où peut aller la souffrance : elle mure Bon dans la négativité comme un piège dans lequel il se laisse enfermer. « Il est resté de l'autre côté de la ligne de démarcation » ! il ne fait que recevoir et ne sait pas donner.
-la grandeur d'âme de Hoan : l'homme bon, compréhensif, amoureux, bon père, bon mari, qui après avoir connu des difficultés (son premier mariage auquel il a su résister) a beaucoup de force noble, d'élégance, de compassion et de clairvoyance. Il sait donner.
-Mien prise entre ses 2 maris, entre la peur du quant dira-t-on et de la puissance du parti, le poids de la société(« le ciel a créé la femme pour qu'elle soit la poutre maîtresse de la maison, qui supporte le toit, pour que dans son lait elle transmette notre humanité aux générations à venir. La femme qui ne sait pas se sacrifier, la femme sans noblesse et sans vertu ne remplit pas son devoir »), son devoir, son amour, va louvoyer à travers tout cela et s'en sortir quand elle comprend qu'elle ne supporte pas sa propre lâcheté vis à vis des gens du Hameau et ceux du parti lorsqu'elle est allée vivre avec Bon : elle aurait dû s'opposer, s'assumer ; ainsi elle prend conscience de son ambivalence (ne peut vivre avec lui mais ne peut l'abandonner à propos de Bon, elle se sent écartelée, dichotomie entre sa raison et son coeur), beaucoup de compassion et de compréhension de la nature humaine chez cette femme. Ambiguïté entre sacrifice et amour, la place de l'un et de l'autre, jusqu'où peut-elle aller ? quand elle agit selon sa conscience(p 699), elle ne se préoccupe plus du résultat, elle devient plus forte : « vivons en humain (animal doué d'une conscience morale) là où le sort nous mène »
De très belles descriptions riches, évocatrices et fascinantes de paysages, d'actes, de préparation de nourriture, du thé, de scènes de guerre, de la vie du village ; beaucoup de richesses sur la société de l'époque ; des odeurs, des sensations, des visions émanent à la lecture, comme des successions de tableaux ; il est impossible de sauter des lignes ou des paragraphes à cause de la richesse des descriptifs.
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