Enigmatique, l’auteur l’est autant que son héros ou plutôt anti-héros de Disgrâce. John Maxwell Coetzee écrivain d’Afrique du Sud peu connu, a obtenu le Prix Nobel de littérature pour une œuvre qui tourne autour d’une vision pessimiste du monde un peu à la façon cynique « Houellebecq » mais aussi du droit au plaisir et qui traite de thèmes tels que le désir, le plaisir, la douleur, la culpabilité.
L’écrivain qui se décrit comme « secrétaire de l 'invisible » n’écrit sûrement pas pour être aimé ou pour qu’on aime ses personnages : « fade, peu combatif, inintéressant, ignoble, velléitaire », tous ces qualificatifs ont été prononcés pour décrire David Lurie, jeune quinquagénaire fringant que seul le plaisir immédiat de séduire semble guider, par peur de la vieillesse qui le guette.
Dans ce roman noir (sans jeux de mots) de post apartheid, on pourrait rêver réconciliation, espoir ; c’est tout l’inverse, après une première partie de narcissisme absolu, on assiste à une lente dégradation.
Double disgrâce, d’abord de cet homme qui vit par le plaisir de plaire encore, ne s’intéresse qu’à son propre plaisir en s’y accrochant, et sombre dans la déchéance avec un profond détachement. Sa disgrâce ne vient pas seulement du fait qu’il ait eu une relation avec une étudiante, il semblerait qu’il l’ai eue avec une métis et enfreindre la séparation des races est doublement puni.
Puis disgrâce de ce pays d’une rare violence où il n’est jamais fait référence au mot d’apartheid, disgrâce de cette société sud-africaine qui cherche ses repères et n’en finit pas de panser ses plaies. Les évènements sont esquissés, à peine suggérés, jamais l’auteur ne s’épanche sur les victimes.
Images inversées : la ville / la campagne, le parallèle a été souvent souligné entre les intellectuels et les campagnards. Petrus veut les "blancs à sa merci", est-ce une vengeance ? les noirs sont devenus les bourreaux, mais parfois bourreaux d’autres noirs.
Livre subversif, quelques uns d’entre nous ne sont pas loin de le penser, roman kaléidoscope où se mêle une histoire inattendue de chiens qui soulève la compassion, l’auteur ne s’engage pas dans ses romans et chacune de ses phrases peut être traduite de toutes les manières. L’écriture est sèche et concise et terriblement évocatrice, en peu de mots tout est dit et suggéré.
Si les dernières phrases des livres sont des messages, que penser de « je le largue » Faut-il y voir une relation avec sa décision d’abandonner son pays à la faillite pour émigrer en Australie ?
Dans son roman autobiographique « Vers l’âge d’homme » ce dernier fait dire à un de ses personnages « Il n’a jamais eu peur de poursuivre une pensée jusque dans ses méandres les plus compliqués, cette phrase semble bien définir toute l’ambiguïté et la complexité de l’auteur.
- Marie Hélène, le 7/02/2006

- Disgrâce de JM Coetzee
J'ai entendu dire que le roman avait à la fois eu du succès en Afrique du sud et qu'il a fait l'objet de critiques de la part des noirs qui le trouvaient politiquement incorrects car les noirs y sont représentés comme des brutes sauvages.
La fille du narrateur s'est retirée à la campagne afin de vivre en paix avec les Noirs. Or elle tombe dans un piège : elle se fait violer, dans une scène d'une violence extrême. On se sent révoltée. Or au lieu de s'enfuir, comme si elle voulait assumer son acte jusqu'au bout (acte de culpabilité) non seulement elle décide de garder l'enfant mais elle se marie avec son violeur et lui donne les parcelles du terrain qu'elle occupe.
C'est mon 1er livre de cet auteur que j'ai découvert par hasard et j'ai adoré son humour noir (sans jeu de mots), son ton désabusé. Il ne parle pas de l'apartheid en tant que tel, il l'évoque à travers les impossibles ponts, les impossibles communications entre ces hommes et ces femmes qui se traduisent par violence et viol.
Par la suite j'ai lu « Vers l'âge d'homme » qui est sorti après Disgrâce. C'est un roman autobiographique qui raconte le séjour de Coetzee en Anglettre où il a démarré sa carrière (courte) chez IBM. Cela m'a rappelé « Extension du domaine de la lutte » le meilleur à mon avis « Houellebecq", où ce dernier raconte avec le même cynisme ses années d'informaticien.
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